CHARTE

DE LA GRAPHIE HARMONISEE DES PARLERS ALSACIENS

UNIVERSITE DE HAUTE ALSACE

GERIPA

Groupe d’études et de recherches interdisciplinaires sur le plurilinguisme
en
Alsace et en Europe

Dir. Albert  HUDLETT

Publication du Centre de Recherches sur l’Europe Littéraire   (C.R.E.L.)

 

La charte est à disposition auprès du Groupement de Théâtre du Rhin .
Envoi franco domicile au prix de 5 €.

 

  

 

 

Avant-propos

Comment gérer la variation diatopique de la graphie de l'alsacien ?

Depuis des décennies, à travers tâtonnements, tensions et querelles byzantines, on assiste en Alsace à différentes tentatives d'«organiser» la graphie des dialectes alsaciens, mais entreprises par des personnes se plaignant de «l'anarchie orthographique dans les écrits en dialecte strasbourgeois» (L. Schneegans 1896), ou d'autres souhaitant «une orthographe unifiée de Wissembourg à Mulhouse» (M. Urban 19/5) ou d'autres encore recommandant de «lire l'alsacien comme de l'allemand...» («Groupement colmarien» 1977) ou d'autres enfin, en particulier des dialectologues, plaidant pour une graphie étymologique caractérisée par «la proximité de la graphie allemande» (Séminaire de Kilstett 1977, Revue Alsacienne de Littérature n° 76), ces tenta­tives n'eurent qu'un écho limité, car initiées sans concertation explicite avec les intéressés, c'est-à-dire les écrivains ou les lecteurs.

Dans une démarche résolument fédératrice, il a semblé opportun au «Groupe d'Études et de Recherches Interdisciplinaires sur le Plurilinguisme en Alsace et en Europe» (GERIPA) d'organiser les 24 mai et 4 octobre 2003 à l'IUT de Colmar deux symposiums intitulés «Vers l'harmonisation de la graphie des parlers alsaciens. Èlsassisch schriwe un lase, dàs esch e Plasier» créant ainsi une occasion d'échanges et de collaboration pour tous ceux qui, au plan de la production et de la réception de textes, se heurtent à l'épineux problème de la variation diatopique de la graphie des sous-systèmes dialectaux.

Devant la grande diversité des graphies, la divergence des attitudes et des représentations des «scripteurs» et des lecteurs / locuteurs, l'idée même de vouloir concilier l'inconciliable parut, aux yeux de certains observateurs sagaces, quelque peu audacieuse...

Si choisir une graphie spécifique suppose une évaluation fine des avantages et des inconvénients, le rôle du linguiste est de proposer des réglages réalistes et argumentés pour faciliter l'émergence d'une «bonne» graphie.

La réflexion des participants venus de toute l'Alsace allait donc porter sur l'optimisation de la graphie des variantes locales (alémaniques et franciques) de l'espace géolinguistique alsacien en vue de :

• donner une assise scientifique à la graphie harmonisée des parlers alsaciens.

• fédérer les auteurs autour d'un modus scribendi en les sensibilisant à la nécessité d'épargner au lecteur le laborieux déchiffrage de leurs textes.

• re-donner d'une façon générale le goût de la lecture de textes alsaciens de tous genres, en facilitant l'accès aux colorations locales de l'Èlsasserditsch.

• présenter la graphie des variantes phonético-phonologiques diatopiques comme la passerelle vers l'allemand standard et illustrer ainsi la symbiose des deux facettes d'une même langue dans le cadre de l'enseignement / apprentissage bilingue français / allemand (cf. compétences spécifiques des professeurs de langue régionale).

• suggérer une graphie pour les futurs manuels d'alsacien et grammaires contrastives.

Devant l'usage anarchique et déroutant de graphies complexes et fluctuantes, les participants soucieux de conjurer d'emblée tout malentendu terminologique, ont pris ( conscience de la nécessité non pas de codifier, standardiser voire normer la graphie de

l'alsacien mais d'harmoniser la graphie des diverses variantes constitutives de l'arc-en-ciel dialectal, en préservant leur musicalité originelle et en respectant le génie créateur des auteurs.

Compte tenu de la tension entre les graphies spontanées et individuelles, les princi­paux critères de la graphie harmonisée proposés par le GERIPA furent les suivants:

• la fonctionnalité (pas de graphème «gratuit»)

• l'univocité (un même graphème donne lieu à une réalisation phonique unique) • l'universalité du signe (référence à l'Alphabet Phonétique International)

• la régularité (isochronie ou durée constante de la séquence voyelle tonique + consonne)

• l'esthétique (pas de maniérisme et usage limité des signes diacritiques et des accents)

• le calque linguistique du standard extérieur (Schriftbild de l'allemand moderne)

• l'usage de l'accentuation en français (en particulier pour le timbre «ouvert» des voyelles)

• la lisibilité (simplification en vue d'une lecture instantanée)

• les aspects pratiques (raccourcis sur le clavier de l'ordinateur)

Les options graphiques concrètes préconisées par le GERIPA sous l'acronyme GRAPHAL sont un ensemble de recommandations pour un usage cohérent et largement acceptable. Elles sont assorties de «variantes» répondant aux attentes des «praticiens» et préservant l'espace de liberté des auteurs qui souhaitent davantage «individualiser» leur écri­ture.

Auteurs et lecteurs ont, dans un esprit de tolérance, avec enthousiasme et de façon constructive, participé aux travaux des ateliers animés par des spécialistes; par leur approche critique lors des débats contradictoires en séance plénière, ils ont su mesurer l'enjeu de ces rencontres pour le devenir de la langue régionale.

Le défi scientifique consistant à déterminer les fondements linguistiques et aspects techniques des choix graphiques fut relevé dans la mesure où en dépit d'une faible marge de subjectivité due aux habitudes de certains auteurs, les analyses et interprétations largement convergentes ont très rapidement suscité la prise de conscience de la nécessité de l'encodage non équivoque de variétés locales facilitant le décodage instantané des textes.

Les travaux ont dans une ambiance conviviale d'ouverture et de solidarité permis de confronter les expériences et dynamiques d'harmonisation de la graphie et ont abouti à la Charte de la Graphie Harmonisée des Parlers Alsaciens ainsi qu'à l'élaboration du système graphique GRAPHAL / GERIPA.

Les 24 mai et 4 octobre 2003 peuvent être considérés comme des journées historiques dans le débat sur l'organisation de la graphie des dialectes alsaciens, faisant de la graphie non pas un simple outil technique, mais un produit culturel.

L'harmonisation de la graphie étant une condition nécessaire à la survie d'une langue, il se pose maintenant la question cruciale d'une véritable pratique de l'écrit dans les usages quotidiens (écrit privé, presse, signalétique, toponymie) et les usages plus élaborés (littérature, poésie, théâtre, chanson) pour extraire les variétés dialectales de leur seule oralité.

Puisse cette Charte ne pas rester lettre morte et permettre d'une part aux auteurs d'accorder leurs plumes et nourrir leur parchemin et d'autre part procurer aux lecteurs le plaisir de découvrir la riche palette des variantes de l'espace géolinguistique alsacien.

 

Colmar 4 octobre 2003                                                            

 

Albert Hudlett

 Edgar Zeidler

 

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